Condition de vie, Non classé

Grand-Yoff, un quartier aux très fortes densités

Nous avions déjà abordé la problématique de la forte concentration d’habitant à Grand-Yoff dans un précédent article (« Grand-Yoff en bref »). Nous disposons aujourd’hui de données plus fines qui confirment l’ampleur du phénomène et qui méritent d’être détaillées dans un article à part entière.

Le contexte de Dakar.

Globalement, la région de Dakar n’est pas caractérisée par une très forte densité. Si elle est de loin la ville la plus peuplée du Sénégal avec 3 529 000 habitants (ANSD, 2013), elle s’étend sur une assez grande superficie (551km²) pour assurer en moyenne un espace conséquent à chacun de ses habitants. Cependant, l’agglomération de Dakar proprement dite ne s’étend réellement que sur trois des quatre départements qui forment la région : Dakar, Pikine et Guediawaye. Dans cette zone, l’espace disponible est nettement moins important et la densité moyenne y est de 14 148 habitants, une densité importante mais raisonnable qui correspond à une ville moyennement dense.

Cette moyenne relativement raisonnable masque des contrastes très forts. En effet, la moitié des 40 communes de l’agglomération ont une densité moyenne supérieure à 20 000 habitants, soit la densité de la commune de Paris, et 13 d’entre-elles dépassent le seuil des 30 000 habitants au km².

 

Grand-Yoff, des densités record

Grand-Yoff fait partie de ces communes très denses. Bien que très étendue (7ème plus grande commune de l’agglomération de Dakar), la commune de Grand-Yoff n’est pas assez grande pour accueillir toutes les personnes qui y résident. La population de la commune est en effet la plus importante de la capitale avec plus de 185 503 habitants recensés en 2013. En conséquence, la densité y est très importante : 29 633 habitants/km² en moyenne.

Grâce à l’enquête de terrain mené sur le terrain par le laboratoire de cartographie, nous pouvons aujourd’hui analyser la situation à l’intérieur de Grand-Yoff, quartier par quartier. La situation s’avère alarmante tant la concentration de personnes dans certains secteurs dépassent tous les standards. De manière générale, la quasi-totalité des quartiers sont bien plus dense que la moyenne Dakaroise et trois quarts des quartiers affichent des densités bien supérieures à la moyenne de Grand-Yoff, moyenne déjà très élevé.

Il est important d’avoir quelques éléments de comparaison en mémoire avant d’aller plus loin. Une ville peu dense, c’est le cas de Moscou ou Los Angeles, affiche une densité moyenne inférieure à 10 000 habitants/km². Une ville moyennement dense comprend des concentrations de population entre 10 000 et 20 000 habitants, c’est le cas de Tokyo ou Paris. Au-dessus de 30 000 habitants/km² la situation devient difficile car l’espace offert à chaque habitant diminue fortement et les conditions de vie se dégradent. A partir de 40 000 habitants/km² de gravent disfonctionnement se manifestent et la congestion de la ville devient difficilement gérable. Les rares villes affichant de telles moyennes (Le Caire, Dacca la capitale du Bengladesh, Manille la capitale des Philippines) sont connues pour leurs embouteillages, manquent d’espace, pollution etc. Aucune ville ne dépasse actuellement le seuil des 45 000 habitants/km² (ONU Habitat). Néanmoins quelques quartiers pauvres de très grandes agglomérations peuvent afficher des taux supérieurs. Par exemple, le quartier le plus densément peuplé de Lagos compte 55 000 habitant/km².

La situation à Grand-Yoff dépasse tous les points de comparaisons évoqués plus haut. Sur les 74 quartiers, seul un quartier sur quatre a une densité inférieure à 30 000 habitants/km². Passé ce seuil, la densité devient problématique. Pourtant, 35 quartiers ont une densité de plus de 50 000 habitant/km² et parmi eux, 11 quartiers ont une densité extrême comprise entre 90 000 et 110 000 habitants/km², plus du double de la ville la plus dense du monde (Dacca, 43 000 habitants/km²) !

Il est difficile de se représenter de tels chiffres. Cela équivaut à environ 1 500 personnes vivant sur deux terrains de football ou 42 personnes vivant sur un seul terrain de basket. A l’échelle de l’individu cela revient à ce qu’une personne doive réaliser l’ensemble de ses besoins et activités (logement, travail, école, loisir) dans une surface TOTALE de 9m².

Tableau : Les densités dans chaque quartier

Densité (habitant/km²)

Nombre de quartier

Quartiers concernés
3 000 à 10 000
6
Cité Comico / Sipres 2 / Cité Magistrat / Zone de captage / Sipres 1 / Keur Khadim 1
10 000 à 20 000
5
Liberté 6 Ext Nord / Cices Foire / Liberté 6 Ext / Sonatel 1 / Sicap Foire
20 000 à 30 000
9
Hlm Grand-Yoff 1 / Hlm Grand-Yoff 3 / Shelter 2 / Cité CSE / Sonatel 2 / Libasse Niang / Sonatel 3 / Hlm Patte d’oie / Scat Urbam 2
30 000 à 40 000
11
Cité Assan Diop / Djiddah 2 / Leona / Hlm Grand-Yoff 2 / Kérétou / Darou Rahman 1 / Darou Salam 3 / Cité Télé / Hamo / Cité CPI / Hlm Grand-Yoff 3 A
40 000 à 50 000
9
Fougerolle / Shelter 1 / Bagdad / Cité Marine / Bastos 1 / Bastos 2 / Khar Yallah 1 / Santhiaba / Keur Khadim 2
50 000 à 60 000
4
Scat Urbam 1 / Missirah / Djiddah 3 / Djiddah 1
60 000 à 70 000
6
Cité Millionnaire / Lansar / Fass / Darou Salam 1 / Darou Rahman 2 / Maka 2
70 000 à 80 000
8
Darou Salam 4 / Darou Rahman 3 / Medinatou Rassoul / Darou Santhie / Khar Yallah 2 / Cité Conachap / Maka 3 / Maka 1
80 000 à 90 000
6
Taiba 1 / Gazelle / Taiba 4 / Khar Yallah 3 / Taiba 2 / Arafat 2
90 000 à 100 000
6
Arafat B Bis / Arafat 1 A / Arafat 5 / Touba Arafat / Darou Salam 2 / Taiba 3
100 000 à 107 000
5
Arafat / Arafat 6 / Arafat 3 / Arafat Thiossane / Arafat Médine

Les quartiers concernés par ces fortes concentrations de populations sont tous situés dans la partie historique de Grand-Yoff, aussi appelé « Grand-Yoff traditionnel ». Ce secteur a accueilli les premiers habitants de la commune. C’est aujourd’hui un secteur populaire où les liens entre les habitants sont forts. Ce secteur concentre à lui seul presque 50 quartiers. Les densités à Grand-Yoff traditionnel dépassent, hormis quelques rares exceptions, le taux de 30 000 habitants/km² et atteignent facilement les 50 000 habitants/km². Dans cette vaste zone, deux secteurs se démarquent du reste. Un premier bloc autour des quartiers Taïba, Khar Yallah, Darou Salam et Maka au sud et au centre de Grand-Yoff traditionnel et surtout un second bloc autour du quartier Arafat (comptant 10 sous-quartiers).

Cartographie de la densité à Grand-Yoff  (en vert les quartiers où la densité est correcte, en rouge les quartiers où la densité est très élevée) :

DENSITE

Un très grand nombre d’habitant vivent dans ces quartiers extrêmement denses. Plus de 90 000 habitants vivent dans des secteurs où la densité dépasse 50 000 habitants/km² et plus de 35 000 dans des quartiers où la densité dépasse 90 000 habitants/km².

Des conséquences importantes

Dans de grandes agglomérations, la densité peut parfois dépasser 50 000 habitants/km² localement. Cela est dû au fait que de grands immeubles permettent à plusieurs milliers de personnes de vivre dans un seul bâtiment occupant une surface au sol arbitrairement petite (quelques centaines de m²). Néanmoins, les conditions de vie ne sont pas problématiques car le nombre de logements est important et chaque personne dispose d’un espace personnel raisonnable. La situation est très différente à Grand-Yoff. La grande majorité du bâti est constitué de concessions, souvent hautes de 2 à 4 étages. La forte densité constatée dans les chiffres se traduit donc dans la réalité par une concentration de la population dans un nombre très réduit de logement. Les chiffres de l’ANSD confirment cette tendance. La majorité des ménages de la commune ont une seule pièce pour vivre, un ménage comptant en moyenne six personnes (Situation économique et sociale régionale de Dakar en 2013, ANSD ).

La première conséquence de ces fortes concentrations est la promiscuité. Un individu a besoin d’un espace minimale pour vivre. Dans les quartiers les plus denses, cet espace minimal n’est pas garanti. Les logements, sont bondés, les rues principales saturées, les espaces publiques encombrés. Les habitants doivent alors subir les bruits, la congestion, le manque de place en permanence. Des tensions, conflits peuvent en découler.

D’autre part, le besoin de logement étant très fort, les locaux et espaces dédiés aux activités commerciales et professionnelles sont en nombre insuffisant. Les commerçants, vendeurs, éleveurs, réparateurs, artisans, couturiers, restaurateurs et autres petit travailleurs indépendants n’ont pas d’autre choix que de se déplacer dans les espaces publiques : sur les trottoirs, dans les rue, sur les places publiques etc. Cela entraine un encombrement de la voirie et des espaces publics qui provoque des embouteillages et des problèmes de transport important.

Exemple 1 : Les bords de routes sont occupés par des marchands

20170426_121849

Exemple 2 : Au premier plan des moutons, au second une échoppe de restauration de rue

20170509_124648

Cette surpopulation générale va également peser sur les infrastructures publiques qui vont se retrouver saturées. L’ensemble des services de l’état et de la commune (La police, l’état civil, la mairie, les services d’hygiènes etc) vont se retrouver débordés et la qualité du service va se dégrader. Il en va de même pour l’accès à l’eau ou à l’électricité. La forte demande va surcharger le réseau, limiter son efficacité et entrainer de nombreuses coupures.

La très forte densité à Grand-Yoff est donc loin d’être anodine. Un grand nombre de difficultés qui affectent la commune sont liés ou amplifiés par ces importantes concentrations de population. S’attaquer à ce sujet n’est pas chose facile. C’est un problème de fond dépendant de nombreux facteurs : urbanisme, prix des logements, niveau des revenus, structure sociale et familiale… Il serait pourtant indispensable de tenter de trouver des solutions et de faire respirer certains quartiers trop densément peuplés.

1 thought on “Grand-Yoff, un quartier aux très fortes densités”

  1. A reblogué ceci sur Hlm Grand Yoffet a ajouté:
    Nous avions déjà abordé la problématique de la forte concentration d’habitant à Grand-Yoff dans un précédent article (« Grand-Yoff en bref »). Nous disposons aujourd’hui de données plus fines qui confirment l’ampleur du phénomène et qui méritent d’être détaillées dans un article à part entière.

    Le contexte de Dakar.

    Globalement, la région de Dakar n’est pas caractérisée par une très forte densité. Si elle est de loin la ville la plus peuplée du Sénégal avec 3 529 000 habitants (ANSD, 2013), elle s’étend sur une assez grande superficie (551km²) pour assurer en moyenne un espace conséquent à chacun de ses habitants. Cependant, l’agglomération de Dakar proprement dite ne s’étend réellement que sur trois des quatre départements qui forment la région : Dakar, Pikine et Guediawaye. Dans cette zone, l’espace disponible est nettement moins important et la densité moyenne y est de 14 148 habitants, une densité importante mais raisonnable qui correspond à une ville moyennement dense.

    Cette moyenne relativement raisonnable masque des contrastes très forts. En effet, la moitié des 40 communes de l’agglomération ont une densité moyenne supérieure à 20 000 habitants, soit la densité de la commune de Paris, et 13 d’entre-elles dépassent le seuil des 30 000 habitants au km².

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