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Le secteur éducatif à Grand-Yoff : Analyse des structures d’enseignements générales

Introduction

L’éducation est un des piliers de la société est un secteur fondamental pour le développement d’un pays. Avec plus de 50 000 enfants et adolescents en âge d’aller à l’école, Grand-Yoff représente un défi pour les acteurs du système éducatif (ANSD, 2013). Le laboratoire de cartographie de Grand-Yoff a souhaité enquêter sur le nombre et la qualité des structures éducatives de la commune afin d’identifier les difficultés du secteur et de proposer des pistes d’améliorations. Pour se faire, une vaste enquête de terrain a été menée en collaboration avec l’inspection générale de l’éducation. Toutes les écoles ont été localisées avec l’aide des délégués de quartier et plus de 80% des responsables de ces structures ont accepté de répondre à nos questions.

Nous avons fait le choix d’aborder dans cet article les problématiques touchants les structures d’enseignement générales allant du Préscolaire au secondaire. Nous publierons dans d’autres articles une analyse sur les autres structures du système éducatif de Grand-Yoff : Les écoles coraniques (aussi appelées « daara ») et les instituts de formation supérieure.

 

Présentation générale

Il existe à Grand-Yoff et au Sénégal en général trois grands type de structure qui accueillent et forment les élèves :

  • Le secteur public géré directement par le ministère de l’éducation.
  • Le secteur privé laïque.
  • Le secteur privé religieux composé d’école chrétienne et musulmane qui en plus d’un enseignement général dispense des cours de religion et des cours d’arabe pour les écoles de confession musulmanes.

Nous avons recensé 117 structures éducatives allant du préscolaire au secondaire dans la commune de Grand Yoff dont sept structures d’enseignement professionnel. Ce chiffre assez élevé fait de Grand-Yoff une commune relativement bien dotée par rapport au reste du Sénégal.

CARTE_ECOLES_GENERALES

Près des deux tiers de ces structures sont polyvalentes et accueil des élèves de différentes classe d’âge à l’image du complexe Yacinte Thiandoum qui accueille des élèves allant du primaire au lycée.

Niveau

Nombre d’écoles

% du total

Préscolaire

77

37,2%

Primaire

76

36,7%

Moyen

36

17,4%

Secondaire

18

8,7%

Toute proportion gardée, le nombre d’école par habitant est plus important à Grand-Yoff que dans le reste du Sénégal pour les structures préscolaires, les collèges et les lycées mais il existe un fort déficit d’école primaire comme l’illustre le tableau ci-dessous.

structure éducative/habitant

Sénégal

Grand-Yoff

Préscolaire

5 040

2 403

Primaire

1 503

2 434

Moyen

8 137

5 139

Secondaire 22 365

10 278

Ce déficit se manifeste surtout dans les quartiers d’Arafat-Cité millionnaire et Khar Yallah, des quartiers populaires (voir carte ci-dessous).

DEFICIT_PRIMAIRE

Une prédominance du secteur privé

Si le nombre total de structure éducative est, à l’exception du primaire, relativement bon il existe un fort déficit de structure publique variable en fonction des niveaux. Les données sont éloquentes à ce sujet puisque qu’il n’existe aucune structure publique préscolaire,  seulement 9% des écoles primaires sont publiques, 16,7% des collèges et 6% des structures secondaires. Ce déficit a été pallié par le secteur privé qui a multiplié les structures éducatives et accueille aujourd’hui la très grande majorité des élèves de la commune. Le secteur privé laïque est le plus développé et représente, en fonction des niveaux, des deux tiers au trois quarts des structures éducatives. Le secteur privé religieux (chrétien et musulman confondu) complète l’offre éducative avec 17 à 31% des structures.

 

Ecole publique

Ecole privé laïque

Ecole privé religieuse

Préscolaire

0%

69%

31%

Primaire

9%

62%

26%

Moyen

16,7%

67%

16,7%

Secondaire 6% 16,7%

78%

Il existe une grande hétérogénéité parmi ces structures privées. Certaines sont à la limite et l’insalubrité tandis que d’autre peuvent être considérées comme des structures modèles et attirent des élèves vivant à l’extérieur de la commune. Quoiqu’il en soit, les coûts pour les parents que ces écoles représentent est important et représente parfois une part très importante du budget des ménages. Cela n’est pas incitatif, surtout si les écoles privées sont elle-même de mauvaise qualité ce qui peut pousser certains parents à ne pas scolariser leur enfant.

 

  

Un encadrement des élèves variable

On observe de grande disparité entre la qualité de l’encadrement dans le secteur public et privé. Les écoles primaires publiques ont en moyenne 61 élèves par classes contre 22 et 33 pour les écoles privées religieuses et les écoles privées laïques. Ce chiffre très important dépasse largement les normes fixées par le ministère de l’éducation Sénégalais qui limite à 40 le nombre d’élèves par classe en primaire (Norme et standard de qualité, 2013). Au niveau moyen l’écart se resserre légèrement mais le nombre d’élèves par classe demeure préoccupant dans les collèges publics. Ces écarts très important laissent présager des difficultés d’apprentissage que doivent affronter les élèves de Grand-Yoff, notamment en primaire durant la période d’acquisition des savoirs fondamentaux.

L’apparent bon encadrement dans le secondaire pour le secteur public doit être relativisé car il n’existe qu’un seul lycée public à Grand-Yoff contre 18 structures privées. Le nombre d’élèves concernés (780) est relativement peu important.

Elèves/Classes

Public Privé laïque

Privé religieux

Préscolaire

/ 29

29

Primaire

61 33

22

Moyen

47 32

28

Secondaire

21 38

34

Les vulnérabilités des structures éducatives

Au cours de notre enquête de terrain, nous avons souhaité connaitre les vulnérabilités et difficultés qui affectaient les structures éducatives de Grand-Yoff. Sur les 117 écoles recensées, 100 nous ont répondu.

Notre enquête s’est concentrée sur trois thématiques :

  • Le statut d’occupation.
  • Les nuisances liées à l’environnement immédiat des écoles.
  • L’équipement en sanitaire.

 

Le statut d’occupation

Le statut d’occupation peut être résumé par la question suivante : L’école est-elle propriétaire ou locataire de ses locaux ? A Dakar et au Sénégal en général le fait d’être locataire pour une école privée est un facteur de vulnérabilité. Certaines petites écoles privées ont peu de trésorerie et ont parfois du mal à payer les loyers des locaux pendant la période des grandes vacances quand les rentrées d’argent se tarissent. D’autre part, il n’est pas rare que certains propriétaires peu scrupuleux expulsent des écoles de leurs locaux au beau milieu de l’année scolaire si une opportunité plus lucrative se présente (vente du terrain, location à une entreprise). Quand ces deux facteurs se combinent, le risque d’expulsion pour les petites écoles privées devient important.

Ce risque est loin d’être négligeable puisque 69% des écoles privées nous ayant répondu sont locataires. Si la majorité de ces structures disposent de garanties et de ressources suffisantes pour empêcher une expulsion imprévue, un nombre non négligeable de petites écoles, notamment préscolaire, vivent dans une certaine crainte d’être expulsée. Cette instabilité pousse certaines écoles à ne pas suffisamment investir dans les locaux, le matériel pédagogique et dans leur personnel dégradant ainsi la qualité des cours pour les élèves.

Les nuisances externes 

Trois grands types de nuisances affectant les écoles de Grand-Yoff ont été recensés :

  • Des problèmes d’insécurités (intrusion, vol, agression, circulation dangereuse à l’abord de l’école)
  • Des problèmes de santé publique (inondation, insalubrité, proximité de dépotoirs, moustique)
  • Des problèmes de nuisances sonores liés à la présence d’ateliers (ferrailleur, menuisier…) ou de garages très bruyants.

Sur les 100 structures éducatives interrogées, 63 ont déclaré être affectées par des nuisances significatives qui perturbent l’enseignement et met parfois en péril la santé des élèves et des enseignants. Dix neuf de ces écoles ont même déclaré la présence de deux ou trois sources de nuisances simultanées. Ces 63 écoles accueillent d’après notre enquête 27 318 élèves. Ce chiffre est très important et permet de prendre la mesure de ce problème.  Il est frappant de constater que presque la totalité des écoles publiques (87%) sont concernées, la moitié des écoles privées laïques (53%) et seulement le tiers des écoles privées religieuses. Ces nuisances n’affectent pas seulement les écoles situés dans les quartiers les plus populaires de la commune mais concerne tout Grand-Yoff.

Grandyoff_camemberg

L’équipement en bloc sanitaire

La situation est également préoccupante concernant l’équipement en sanitaires des écoles puisque 22% des écoles interrogées ont affirmés que les blocs sanitaires dont elles sont équipées sont insatisfaisants (en nombre insuffisant et/ou en mauvais état). Là encore la majorité des écoles publiques sont touchées (60%), loin devant les écoles privées laïques (13%) et les écoles privées religieuses (10%). A la différence des écoles touchées par des nuisances externes, les structures manquant de sanitaire sont presque toutes situées dans le secteur de Grand-Yoff traditionnel. L’ensemble de ces structures totalisent 9 245 élèves qui doivent apprendre dans des conditions d’hygiènes difficiles. Malheureusement, les écoles concernées sont presque toutes également victimes de nuisances externes. Une telle accumulation de difficulté dans certaines structures peut devenir très problématique.

Conclusion et recommandations

Au vu de l’ensemble de ces données, il apparait que le secteur éducatif de Grand-Yoff souffre d’un certain nombre de problèmes combinés :

  • Un déficit d’école primaire globale, particulièrement dans Grand-Yoff traditionnel (Arafat, Cité millionnaire, Khar Yallah).
  • Un déficit de structures publiques à tous les niveaux forçant les parents a scolariser leurs enfants dans des structures privées.
  • Un déficit critique de salle de classe et d’enseignants principalement dans les écoles primaires publiques.
  • Une vulnérabilité de deux-tiers des structures devant affronter des problèmes d’insalubrités, d’insécurité et de perturbation des cours.
  • La précarité dans laquelle fonctionne certaines écoles privées du fait de leur statut de locataire qui ne leur garantit pas la pérennité de leurs locaux.

Il est important d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur ces difficultés. D’abord parce qu’un secteur éducatif de qualité est fondamental pour le bon développement de la commune et du pays. Ensuite parce que près de 30 000 enfants et adolescents se trouvent dans des écoles touchées par des problèmes d’insécurité, d’insalubrité ou de pollution sonore. Il s’agit là d’un véritable problème de santé publique qui doit être pris en charge au plus vite.

Le laboratoire de Cartographie préconise les mesures suivantes :

  • Premièrement, un investissement important doit être fait dans le secteur public.
    • L’urgence actuelle est de renforcer les moyens des structures publiques existantes. L’accent doit être mis sur les écoles primaires où il est nécessaire de recruter 50 instituteurs et de bâtir 60 salles de classes pour satisfaire les normes et standards du ministère de l’éducation Sénégalais.
    • Ensuite, le nombre de structure publique doit être considérablement augmenté. Idéalement, il conviendrait de doubler le nombre de collège et de tripler le nombre d’école primaire et de lycée pour que l’offre publique représente au moins un tiers des structures éducatives de la commune. Il ne s’agit pas ici de supplanter le secteur privé mais d’offrir au minimum une alternative crédible aux parents. L’absence de structure préscolaire publique est aussi problématique mais le laboratoire préconise de privilégier les structures couvrant la période obligatoire de la scolarité (6 à 16ans).
    • Il faut également rénover et agrandir les sanitaires dans neuf écoles publiques.
  • Deuxièmement, une politique vigoureuse contre les nuisances affectant les écoles doit être mise en place. Les écoles publiques sont les plus concernées mais toutes les structures éducatives doivent être aidées.
    • Pour réduire les problèmes d’insécurité il conviendrait d’installer de nouveaux portails, de surélever les murs d’enceintes et de recruter d’avantage de gardien.
    • Les dépotoirs et zone d’eau stagnantes situés dans l’environnement immédiat doivent être éliminés ou au minimum démoustiqués. Les activités bruyantes et polluantes doivent être interdites à proximité des écoles.
  • Troisièmement, un effort important doit être fait pour aider et accompagner les structures privées locataires qui accueillent l’essentiel des élèves de la commune.
    • Les pouvoirs publics doivent mieux contrôler les procédures d’expulsions des petites écoles privées ou mettre en place un fond pour aider les écoles privées à devenir propriétaire.

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